Anniversaire – 10 ans de festival

2019 : l’année de la confirmation

Membre fondateur du Festival sans nom, en charge de la programmation des auteurs, le Mulhousien Hervé Weill sort la boîte à souvenirs. Retour cette fois en octobre 2019, pour un week-end avec deux Bernard à l’honneur (Minier et Werber), alors que les partenariats montent en puissance et que le public répond de plus en plus présent.

En 2019, Hervé, tu déclarais que « sept ans, c’est un cycle » et que c’était « l’année de la confirmation ». Vus depuis 2022, ces propos te paraissent toujours aussi cohérents ?

Je ne vais pas me renier ! En regardant l’affiche, bien qu’on les oublie au fil des années, je confirme, on a eu une affiche magnifique. Et ça ne s’est pas démenti depuis. On a des gens très connus qui viennent, on arrive toujours à trouver de nouveaux auteurs intéressants. Je persiste, donc, c’était l’année de la confirmation.

Tu disais aussi que « ça reste difficile » d’organiser un festival de cette envergure. Pourquoi ?

Ce qui est difficile, c’est d’organiser la programmation. Il faut s’y prendre très tôt, les gens ne peuvent pas venir tous les ans chez nous, on ne va pas non plus faire le même festival chaque année. Il faut trouver un juste milieu entre des gens connus qui font venir le public et des gens moins connus que notre public de connaisseurs va découvrir. Après, il y a toute l’infrastructure, toute l’intendance, il faut que ça tienne du début à la fin. Bien souvent, c’est connu, le diable est dans les détails et il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de grain de sable dans la chaussure. C’est toute une année d’organisation pour un week-end. Le boulot de l’année, il faut qu’on le voie le week-end, qu’il n’y ait pas de fausse note.

2019, ça a été l’édition des « Bernard et Bernard », Minier en tant que parrain et Werber en invité d’honneur. On a pu s’étonner du choix de ce dernier, dans la programmation…

C’est une question qu’on me pose souvent, à laquelle je n’ai pas forcément la bonne réponse. Les livres de Bernard Werber ne sont pas tous des polars. Mais il est invité régulièrement dans les salons et puis il est intéressant car c’est un personnage à part, dans sa manière de fonctionner, de s’exprimer. Il sait captiver les foules. Bon, il est un poil hors polar, c’est vrai, mais encore une fois, le polar, c’est large et on peut tout se permettre. Et puis, si une personnalité très connue veut venir même si elle n’est pas polar, nous, on l’accueille, on trouvera un angle, on n’est pas comme ça, on est très ouvert !

Et puis il y a ces partenariats qui montent en puissance. Comment ça se traduit ?

On a cette chance d’avoir un partenariat avec le Parc zoologique et botanique de Mulhouse et Brice Lefaux, son directeur, qui est un fan de littérature, de roman noir. Il y a une visite du zoo spéciale « réveil des animaux » organisée le samedi matin, pour les auteurs, à un horaire où le zoo est fermé au public et Brice Lefaux s’occupe personnellement de cette visite. Il a une vision des zoos très intéressante, loin du cliché des animaux enfermés. C’est quelque chose où les auteurs allaient avec le frein à main et maintenant, ils veulent vraiment y participer. Ils se lèvent tôt mais ensuite il y a un super petit-déjeuner qui les attend à l’Auberge du zoo, un autre partenaire, qui leur permet d’être super en forme pour le festival.

Comment êtes-vous parvenus à maintenir un budget constant (65 000 €) depuis la création du festival ?

Justement grâce à ces partenariats et aux échanges de marchandises. L’hôtel Mercure, par exemple, nous offre les nuitées. C’est valorisé, ça a une certaine valeur, mais ce n’est pas du cash. Pareil avec la SNCF qui nous offre les billets de train, ce n’est pas du numéraire. N’empêche qu’on ne paie pas les billets. J’aurais envie de répondre différemment : il faudrait que ce ne soit pas constant. Parce qu’année après année, avec l’inflation, on a besoin de plus d’argent et on arrive à en trouver. Le budget a d’ailleurs augmenté pour cette édition anniversaire.

Une anecdote, quelque chose d’insolite, que l’on n’avait pas relevé à l’époque ?

Il fallait être dans la salle ce jour-là : j’animais une table ronde avec Nicolas Lebel, Olivier Norek et Julie Ewa. Le thème était « Les anti-héros mènent l’enquête ». Et les trois n’avaient pas du tout aimé le terme « antihéros » pour leurs héros. En début d’interview, en lançant ma première question, aucun n’a répondu, avant de déclarer que, vu que ce terme ne leur plaisait pas, ils faisaient valoir leur droit de retrait et ne répondraient pas. Bien évidemment, la salle était pliée de rire. Et moi, j’étais un peu désarçonné. J’ai eu droit à la fois à une grève de l’enseignement, Lebel étant enseignant, de la police avec Norek et des services sociaux avec Julie Ewa. Ils se sont tus un moment, ils m’ont un peu taillé et après c’était parti. C’était vraiment drôle mais très inattendu.

Propos recueillis par Pierre Gusz
Photo DR

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