Anniversaire – 10 ans de festival

2020 : l’année « coup de bol »

Membre fondateur du Festival sans nom, en charge de la programmation des auteurs, le Mulhousien Hervé Weill sort la boîte à souvenirs. Retour sur une édition particulière à plus d’un titre, organisée en octobre 2020 au campus de la Fonderie, douze jours avant que la France ne soit à nouveau confinée.

Hervé, vous sortez d’une édition 2019 franchement réussie à la Société industrielle de Mulhouse. Début 2020, compte tenu du contexte sanitaire, tu es dans quel état d’esprit, personnellement et puis en tant que co-organisateur du Festival sans nom ?

Personnellement, j’étais comme tout le monde, un peu inquiet parce qu’on voyait l’Italie, notamment, se confiner et qu’on se disait qu’on allait y avoir droit, à tous les coups. Après, pour ce qui est du Festival sans nom, on n’était pas inquiet du tout. On était encore en début d’année, on voyait bien qu’il y avait des manifestations qui étaient annulées au fil du temps, mais on se disait qu’on avait le temps de voir venir. De toute manière, tout ce que l’on pouvait faire, c’était préparer cette édition et puis, advienne que pourra.

Mais comment on prépare une édition, justement, dans ce contexte ?

On ne s’est pas pris la tête. On a invité les auteurs en se disant que si cette édition a lieu, c’est génial. Et puis si elle n’a pas lieu, tant pis, on l’annulera. Il n’y avait pas énormément de risque financier, tout ce qui est du ressort du logement, du transport, ce sont des choses qui pouvaient être remboursées. Le problème, c’est surtout le temps qu’on y passe. C’est très difficile de jeter à la poubelle une année de travail et c’est malheureusement arrivé à beaucoup d’autres. Donc on s’est vraiment dit : « On verra ».

À quelques heures de son déroulement, vous étiez plutôt du genre à serrer les fesses ou relativement confiants ?

On sentait bien que le couperet allait tomber à un moment ou un autre, ça s’est même joué à quelques jours près. On voyait que ça pouvait tenir, en prenant, encore une fois, le parti de se dire que nous n’avions aucune latitude, aucune prise sur le contexte sanitaire. On ne pouvait rien faire, juste subir ou faire le festival. Je ne me souviens pas que nous étions particulièrement angoissés par une annulation, quand bien même ça nous aurait bien embêtés, pour rester poli.

Changer de lieu, passer de la Société industrielle de Mulhouse (Sim) au campus de la Fonderie, ce n’était pas non plus pour vous déplaire…

Il y avait pas mal de bonnes choses à la Sim. Ceci dit, on s’est rendu compte qu’on manquait de place. En 2019, les salles étaient remplies et c’était tout à fait acceptable. En 2020, ça ne l’était plus du tout. Impossible. Il nous fallait un grand espace, ouvert, aéré. Et la Fonderie était idéale pour ça.

Est-ce qu’on pourrait qualifier cette édition-là de « miraculée » ?

C’est tout à fait le cas, oui. Pour être un peu trivial, je pense qu’on a un peu eu le cul bordé de nouilles. On est passé entre les gouttes, entre deux confinements, dans des conditions difficiles, avec des auteurs qui sont tous venus. Si ça avait dû nous arriver au bout de la deuxième édition, on ne l’aurait pas géré de la même manière. Mais on a quand même de l’expérience et du sang-froid.

Une anecdote, quelque chose d’insolite, que l’on n’avait pas relevé à l’époque ?

En fait, nous n’avions pas prévu d’inviter Olivier Norek. Comme beaucoup d’auteurs, il a fait très peu de festivals cette année-là, voire pas du tout. On a eu un coup de fil de son attachée de presse peut-être deux semaines avant, en nous demandant s’il pouvait venir, comme son bouquin sortait. C’était notre deuxième coup de bol.

Propos recueillis par Pierre Gusz
Photo L’Alsace/Vincent Voegtlin

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