L’entretien du mois: Danièle THIERY

Danièle Thiery

Danielle Thiéry sera la prochaine marraine du Festival Sans Nom (23 et 24 octobre 2021). Elle est la troisième femme à officier après Dominique Manotti et Karine Giébel.

C’est donc naturellement qu’elle est la première à répondre à nos questions pour la première Newsletter Sans Nom.

Comment avez-vous vécu cette année à la fois comme auteure et comme citoyenne ?

L’année qui vient de s’écouler est quand même très dérangeante pour ne pas dire autre chose… Pour ma part, je serais mal venue de me plaindre et de céder à la tendance du moment qui consiste à crier avec les loups, au scandale, au complot et à d’autres manigances politico-scientifiques que les réseaux sociaux amplifient. Je n’ai pas été malade, je vis au grand air, dans une région préservée, entourée de ma famille… Ce qui ne m’empêche pas de râler tous les jours parce que nos libertés sont restreintes, nos rencontres inexistantes, nos perspectives floues et qu’à un certain âge l’optimisme cède du terrain en même temps que se restreint le champ des projets. Mais c’est considérablement tolérable par rapport à ce que vivent nos enfants et nos petits-enfants… En tant qu’auteure, je suis bénie. Cette année a été une année de labeur intense qui aboutit à la publication de 2 romans en 2021 (L’ange Obscur chez Syros et Mourir ne suffit pas avec Marc Welinski chez Anne Carrière) et à la création d’une série télévisée inspirée de mon personnage emblématique, la commissaire Edwige Marion. Plus des nouvelles, des interventions – à distance – auprès d’écoles, et quelques conférences, en visio hélas, mais c’est quand même mieux que rien.

C’est la quatrième fois que vous venez à Mulhouse, cette fois en tant que marraine de la 9ème édition. Quel genre de marraine serez-vous ?

Le FSN pour la quatrième fois, oui.  Qui plus est, cette année, comme marraine, c’est une super nouvelle et un grand honneur qui m’est fait. Je ferai tout pour être à la hauteur de cette insigne distinction. J’ai d’ores et déjà le petit doigt sur la couture du pantalon, autrement dit je serai attentive, bienveillante, disponible et prête à tout !

Qu’attendez-vous des rencontres littéraires ?

Les salons et autres festivals sont des lieux de rencontre et de contact essentiels pour les auteurs. Pas seulement pour eux, bien sûr, mais il faut savoir que le travail d’écriture est très solitaire, limite autistique. Même l’assistance éditoriale ou la rigueur amicale d’un lecteur de confiance ne règlent pas les moments de doute, parfois de blocage, et même de panique. Le seul moyen de lever ces angoisses est de rencontrer d’autres auteurs qui vivent les mêmes affres et, surtout, les lecteurs pour qui nous acceptons tant de souffrances !!! Leur présence, la ferveur parfois que nous lisons dans leurs yeux est la seule victoire qui vaille ! Alors vive les salons et vive le FSN !

Avez-vous des anecdotes de rencontres de lecteurs lors de salons ?

Depuis 25 ans que je cours les salons et festivals j’ai des tonnes d’anecdotes, cela va sans dire. Entre les visiteurs qui vous demandent les toilettes, la buvette ou qui (ça m’est arrivé) me demandent si “Danielle Thiery va venir et à quelle heure”, ceux qui vous disent “c’est vous qui écrivez ÇA ?”, quelques voyous que j’ai arrêtés dans une autre vie et qui viennent se camper devant moi en me demandant si je me souviens d’eux… la liste est longue de ces brèves de salon que nous échangeons parfois entre nous. Avec Sex Doll, j’ai été gâtée… Monsieur voulait le livre, madame disait “Du porno, non mais ça va pas ?” Et monsieur revenait en douce une fois que madame avait le dos tourné. Sans compter ceux qui viennent vous dire, dans un salon du polar, qu’ils détestent le polar…

Vous êtes mise en scène dans le roman de Valérie Valeix dans votre propre rôle, celui d’une commissaire à la retraite. Comment cela s’est-il organisé ? Même question pour le livre avec Marc Welinski…

J’ai accepté de jouer mon propre rôle dans le roman de Valérie Valeix “Mort d’une bougie” parce que ma rencontre avec cette jeune femme avait été un enchantement et c’est toujours le cas. Sa spontanéité, ses connaissances (elle vous parle d’apiculture et de Napoléon avec la même aisance) et l’originalité de ses romans m’ont convaincues d’accepter ce défi. Bien sûr, il y avait quelques conditions, notamment celle que je relise chaque chapitre au fur et à mesure de l’écriture, non pas pour censurer quoi que ce soit mais pour être au plus près de certaines réalités techniques. Je trouve le livre très réussi et je suis restée amie avec Valérie, c’est dire… !!!

Quant au livre écrit avec Marc Welinski c’est un peu différent. D’abord le contexte… Marc est un homme de média, moi ancien flic… Nous n’étions pas a priori destinés à travailler ensemble mais encore une fois, les rencontres font les choses dans notre dos !

A l’occasion d’un pot (les auteurs picolent aussi y a pas que les flics !) chez un éditeur, Marc m’a parlé de son livre “Mourir ne suffit pas” Déjà le titre m’a plu et le sujet encore plus. Il était question d’une prise d’otage et Marc rencontrait quelques difficultés avec les phases techniques policières. Je lui ai proposé d’y jeter un coup d’œil et de fil en aiguille, nous en sommes arrivés à co-écrire. C’est une aventure délicate et périlleuse car chacun a son style, ses petites manies, ses exigences… mais ça a bien fonctionné car l’un et l’autre avons su nous écouter et nous entendre, ne pas laisser les égos prendre le pas sur le but à atteindre. Quand il y avait des doutes, nous avons demandé l’avis de tiers de confiance (des pros de l’édition) et le résultat est là. J’ai beaucoup apprécié ce travail avec Marc, l’homme et l’auteur, et je pense que, si tout va bien, nous récidiverons…

Qu’est-ce qu’un week-end littéraire réussi ?

La réussite d’un week-end littéraire se mesure, avant tout, à la réponse du public. On aura beau servir un beau plateau d’auteurs, se couper en quatre pour leur être agréable (c’est le cas à Mulhouse !) si le public n’est pas au rendez-vous, c’est difficile pour tout le monde. Au FSN, il y a toujours un monde de dingue et je suis sûre que cette année, ce sera le même enthousiasme… En tout cas, moi, je serai là…

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