L’entretien du mois : Nicolas Lebel

Nicolas Lebel sera pour la 3ème fois au festival Sans Nom en 2021. Il nous a accordé une interview téléphonique pour parler de son nouvel éditeur, de l’univers de son nouveau roman (Le gibier, éditions du Masque) et quand même un peu d’Olivier Norek…

Nicolas, pas mal de changements, notamment de maison d’édition ?

Oui tout à fait ! J’ai mis un terme à mes relations, enfin pas un terme puisque j’ai gardé un contact tout à fait amical avec les éditions Marabout. Mais j’aspirais à plus et à mieux c’est-à-dire à une maison d’édition qui me poussait un petit peu, qui avait envie de construire un truc avec moi. J’en étais à mon 5ème bouquin avec Marabout, j’avais l’impression que ça végétait un peu. Il y a eu quelques promesses qui au fil des années n’ont pas été tenues.

En tout cas j’ai retrouvé avec grand plaisir l’équipe du Livre de Poche aux éditions du Masque. C’est l’ancienne équipe, celle qui avait accueilli Mehrlicht. J’avais super bien bossé avec eux et j’étais content de leur proposer mon nouveau grand format et mes nouveaux enquêteurs. Nous sommes d’accord sur les objectifs communs. C’est vraiment une dream team , je suis ravi.

Et donc de fait, ce n’est pas un Mehrlicht

Non, ce n’est pas un Mehrlicht. Un changement d’éditeur se faisait avec un changement de personnage et d’écriture aussi un peu. L’idée était de proposer autre chose et de tourner une page quand même. C’est difficile de changer éditeur et de dire que je vais faire autre chose en prenant les mêmes personnages. Mehrlicht n’est pas mort, loin de là ! Il reviendra et certainement aux éditions du Masque. Mais là j’avais envie de proposer quelque chose ailleurs et là c’était autre chose et en même temps toujours moi.

C’est très macronien le « en même temps » ?

Exactement, je me reconnais bien là ! (rires). Je suis un écrivain en marche, mais n’écrit pas ça malheureux ! (rires encore)

Est-ce qu’on retrouve quand même la patte Lebel, l’humour au milieu de l’horreur ?

Complètement on ne se refait pas. C’est quelque chose qui est rattaché à mon écriture, une espèce de cynisme ambiant. Un regard un peu amusé sur la société qui peut être parfois critique, voire franchement acide. On ne change pas, il y a des passages comme ça. J’essaie aussi de mûrir un peu, d’être moins taquin. D’après ce qui se dit, car il est difficile d’avoir un retour critique sur ce qu’on écrit soi-même, il semble qu’on retrouve l’écriture « Lebel » donc je suis content que les gens apprécient de pouvoir la retrouver.

Il y a le fond historique qu’on retrouve également…

Tout à fait, j’aime bien adosser mes polars, mes enquêtes à une vérité soit d’actualité soit historique. Ca a presque toujours été le cas. Dans L’heure des fous c’était vraiment l’actualité car c’était celle des SDF parisiens au moment où j’écrivais. C’est vrai qu’il y a eu L’Irlande du Nord, et dans Dans la brume écarlate la Roumanie de Ceausescu.

Là on est plutôt en Afrique du Sud au moment de l’apartheid. Il y a toujours un fond historique. Je vis avec une historienne depuis plus de 25 ans, ce n’est pas anodin ! L’Histoire est très présente, et dans ma vie et dans mes écrits. C’est essentiel pour avoir un regard sur notre société actuelle de savoir d’où elle vient et par quoi elle est passée. Ca nourrit mes polars et bien souvent par le coté le plus sombre car je ne prends pas toujours les pans les plus agréables de notre Histoire, mais ceux qui ont en général posé le plus de problèmes et en conséquence ce qu’on a essayé de passer sous le tapis. Qui sait ce qui s’est passé en Irlande du Nord aujourd’hui ? Pas grand monde. L’apartheid a fait hurler jusque dans les années 90, mais aujourd’hui qui sait ce que c’était, qui sait ce qui s’est passé au lendemain, au moment où la ségrégation a été abolie ? Pas grand monde non plus. On sera en juin aux 30 ans de l’abolition, c’est peut-bien de rappeler à cette occasion de quoi il s’agissait.

Les lecteurs ne seront pas dépaysés car ils vont retrouver l’auteur qu’ils aiment bien mais avec une écriture plus travaillée ?

Plus travaillée je ne sais pas, je crois que j’essaie toujours de m’appliquer, mais peut-être différente. Là on n’est pas dans une enquête policière comme Mehrlicht peut en mener car on s’aperçoit rapidement que ce qui est présenté comme l’enquête de ces deux nouveaux flics* (ce sont des jeunes, pas des vieux comme Mehrlicht, ils ne fument pas, ils boivent des cocktails (rires)) du nouveau 36, Le Bastion, n’est pas le cœur du roman. On s’aperçoit que le cœur du roman est ailleurs. C’est ce qui arrive à une jeune femme en particulier, Chloé de Talense, qui est l’ancien amour de jeunesse de l’enquêteur, qu’il n’a pas vu depuis 15 ans. Au moment où tous les indices convergent vers elle, cette supposée coupable n’est autre que la femme qu’il a aimée étant jeune.

Merci Nicolas ! Pour conclure, un message aux futurs visiteurs du Festival ?

Il faut leur dire absolument de venir dans ce salon, qui compte parmi les meilleurs qui se tiennent aujourd’hui en France. Alors aujourd’hui et hier car il n’y en pas actuellement, alors c’est facile ! (rires). Leur dire que de paroles d’auteurs échangées, c’est un salon où nous sommes très bien accueillis et contents d’y être. Les conditions de réception et d’accueil du public sont top. Je garde un souvenir ému de cette salle remplie pour nous entendre Norek et moi, on avait bien rigolé !

Tu y avais eu un prix aussi !

En plus j’avais eu un prix, tu as raison, c’est l’année où je l’avais eu (2017 De cauchemar et de feu, éditions Marabout)) Donc, qu’ils viennent me le remettre encore une fois le prix ! J’espère qu’on peut gagner plusieurs fois ! Maintenant que Norek l’a eu, je veux l’avoir une nouvelle fois ! Une fois de plus que lui.

Ah mais Olivier Norek ne l’a pas eu chez nous !

Ah c’est bien alors, il faut que ça reste comme ça !
Attends je vérifie quand même (il vérifie…). Tu as raison, il ne l’a pas eu ! Quel nul ! (rires) !

*Il s’agit du commissaire Starski (on lui rappelle évidemment régulièrement que pour un flic c’est marrant d’avoir un nom pareil) et de son équipière Chen. C’est le feu et la glace : autant les émotions guident Starski, autant Chen est stoïque et pragmatique.

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